Réseau de la petite enfance : la première application de la Loi 14 soulève de sérieuses inquiétudes
14 March 2026
Hier, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) réagissait vivement à la décision rendue par le Tribunal administratif du travail dans le dossier du centre de la petite enfance Le Jardin de Robi.
Plus précisément, il s’agit d’un premier dossier dont le tribunal est saisi en vertu de la Loi visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève ou de lock-out, la Loi 14.
« C’est exactement ce qu’on craignait! », dit la CSQ
« Dès la toute première mise au jeu de la Loi 14, il se passe exactement ce qu’on craignait! Faut-il rappeler que ce n’est pas de gaieté de cœur que les gens font la grève? Et dans un conflit qui perdure, c’est absolument inéquitable et inacceptable que les travailleuses et les travailleurs perdent ainsi leur rapport de force. Nous l’avons dit depuis le tout début : la Loi 14 vient rompre l’équilibre des relations de travail. C’est ce qu’on déplore! », dénonce le président de la CSQ, Éric Gingras.
Si les services essentiels visent la sécurité de la population, la Loi 14 introduit la notion de services assurant le bien-être de la population. « À ce compte-là, et avec des critères assez flous merci, n’importe quel dérangement interfèrera avec le “bien-être” de la population. Cette décision vient confirmer nos craintes et notre lecture de la situation, et c’est exactement ce pour quoi nous avons entamé une démarche de contestation juridique de la Loi. On verra bien ce que les tribunaux en penseront. Mais d’ici là, ce sont les travailleuses et les travailleurs qui écopent et qui sont pénalisés dans leur capacité à négocier leurs conditions de travail », poursuit Éric Gingras.
Le rôle « essentiel » des services éducatifs
Dans le réseau de la petite enfance, cette décision met aussi en lumière un important double discours. « Quand vient le temps de limiter le droit de grève, on reconnaît soudainement que les services éducatifs sont essentiels au bien-être de la population. Pourtant, lorsque vient le temps d’investir adéquatement dans le réseau, d’améliorer les conditions de travail de nos intervenantes ou d’assurer un développement cohérent des services éducatifs, cette reconnaissance est beaucoup moins évidente », ajoute Anne-Marie Bellerose, présidente de la Fédération des intervenantes en petite enfance du Québec (FIPEQ-CSQ).
« Nous ne pouvons pas invoquer l’importance du réseau pour restreindre le droit de grève de ces intervenantes, tout en refusant de lui donner les moyens nécessaires pour répondre aux besoins des enfants et des familles du Québec. Considérer le réseau comme essentiel seulement quand cela convient au gouvernement est profondément inquiétant », conclut la présidente.