MERCI! C’est le thème choisi cette année pour la Semaine des services éducatifs, du 30 mai au 5 juin 2021.

C’est en fait un seul mot, qui incarne tout ce que le Québec ressent à l’égard des professionnelles de la petite enfance. Par contre, en 2021, après plus d’un an de pandémie, les intervenantes en CPE qui ont entamé la négociation de leurs conventions collectives, mais aussi celles des milieux familiaux régis et subventionnés, méritent beaucoup plus!

Elles méritent des gestes concrets et une reconnaissance sincère de la part du gouvernement du Québec!

Voici donc une lettre au nom de toutes les intervenantes en CPE qui demande au ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, d’agir. Le temps est venu d’avoir plus que des MERCIS!

Envoyez vous-même cette lettre au ministre Mathieu Lacombe en cliquant ici.

N’hésitez pas à la personnaliser avec vos enjeux particuliers. Ajoutez le message que vous souhaiteriez que le ministre de la Famille adresse aux professionnelles du réseau de la petite enfance, plutôt qu’un MERCI!

Encore un MERCI!, non merci!

Monsieur le Ministre,

Je suis une intervenante en centre de la petite enfance (CPE). Je parle au nom de tous les corps d’emploi avec qui je travaille au quotidien. J’ai choisi ma profession et je suis une passionnée, mais je suis tannée qu’elle soit malmenée, dévalorisée et sous-payée. Je suis dévouée au bien-être des enfants, mais je suis à bout de souffle, fatiguée de compenser les mauvaises décisions politiques et attristée par les appels de parents sans ressource.

Je ne vois plus la lumière au bout du tunnel.

Je décroche, car je n’arrive plus à me battre pour mes valeurs. Je rêve de familles prospères et en santé, et d’enfants ayant tous droit à des services éducatifs de qualité.

La Semaine de services éducatifs approche et je ne veux pas entendre un autre MERCI ! de la part des gestionnaires, politiciens ou de vous Monsieur le Ministre. Ma profession me fait mal et ce sont des changements profonds qu’il faut m’offrir pour démontrer l’appréciation que vous avez de mon expertise et pour me donner l’envie de rester.

En mars 2020, une semaine après l’ouverture des services de garde d’urgence due à la pandémie, vous avez dit que le réseau de la petite enfance fonctionnait de mieux en mieux grâce à nous, les intervenantes, qui travaillons dans le réseau et qui contribuons à son succès au quotidien. Les parents ont pu me confier leurs enfants en toute sécurité et j’ai été professionnelle et affectueuse avec chacun de ces tout-petits. J’avais alors votre respect et votre admiration. Vous nous avez dit MERCI!

Le 28 mai 2020, à l’occasion de la dernière édition de la Semaine des services éducatifs, vous avez encore salué l’engagement et le travail de l’ensemble du personnel du réseau de la petite enfance et notre capacité d’adaptation en cette période particulière. Vous reconnaissez donc l’impact positif que j’ai eu sur des centaines de familles au Québec! Vous m’avez dit MERCI! ainsi qu’à toutes les intervenantes de la petite enfance qui avec moi sont la preuve que, jour après jour, nous offrons un des meilleurs réseaux de services éducatifs à la petite enfance au monde. Et ce n’est pas juste moi qui le dis!

Au fil des mois, au fil des rencontres avec vos collègues du gouvernement, j’entends MERCI! de toutes parts.

Tous reconnaissent que le défi est colossal, que mes interventions sont indispensables dans la crise actuelle. Nous, les intervenantes, sommes les mieux placées, près des familles du Québec pour reconnaître leurs besoins et pour les accompagner. Mais, pendant que les parents crient au manque de places, nous manquons de mains pour continuer à tenir à bout de bras le réseau de la petite enfance.

Grâce à nous, grâce à ce réseau, les femmes peuvent prendre leur place au cœur de l’économie du Québec. Vous reconnaissez à quel point, grâce à nous, grâce à ce réseau, les enfants peuvent développer leur plein potentiel. Vous êtes fier de pouvoir compter sur des personnes aussi exceptionnelles que nous, sur notre professionnalisme, ainsi que sur le fait que notre travail soit accompli, que ce soit en temps normal ou en temps de pandémie.

Aujourd’hui, ça suffit de me dire simplement MERCI!

De me dire que je suis exceptionnelle, même tous les jours, malgré tout ce qui se passe, ce n’est plus suffisant.

Parce qu’avec tous les éloges que vous nous faites, je m’explique mal que rien ne bouge dans mes conditions d’exercice. Parce qu’après les belles paroles, on veut m’enlever des acquis pour lesquels je me suis battue afin de pouvoir prendre soin de ma propre famille, tout comme je le fais pour celle des autres. Parce que comme preuve de reconnaissance on veut m’obliger à travailler plus d’heures, mais en touchant toujours un des salaires les plus bas au Québec. Un MERCI! ? Non merci!

Je suis attachée à ma profession, je crois en nos services éducatifs à la petite enfance régis et subventionnés et je suis fière d’en faire partie.

J’aime passer de belles journées avec ces enfants, qui bâtiront le Québec de demain, et leur permettre de développer tout leur potentiel. Cela demande une expertise et du temps de pédagogie. Mais je n’aime pas vivre tous les jours sous l’effet de la pénurie de main-d’œuvre et tenter de rassurer des parents désespérés pour qui je ne peux rien faire. Je n’aime pas vivre avec peu de ressources pour les enfants ayant des besoins particuliers. Je n’aime également pas vivre en tant que professionnelle dévalorisée.

Le manque de mesures concrètes pour prouver votre reconnaissance est incohérent. Même si vous bâtissez des centaines d’installations, que vous ouvrez des milliers de places, où allons-nous trouver des femmes dévouées comme moi pour accompagner les enfants, les accueillir, les éduquer? Le temps est venu pour des actions concrètes, pour me prouver que mon travail est enfin reconnu à sa juste valeur! Comme société, nous avons besoin de plus qu’un simple MERCI!

Monsieur le Ministre, c’est à vous de nous démontrer que vous respectez et que vous admirez réellement tout ce que nous faisons. Soyez à notre écoute!

Depuis des années, j’attends avec beaucoup de patience des réponses favorables à notre égard, mais je ne peux plus attendre. Le blâme pour vos responsabilités ne peut plus retomber sur mes épaules.

Entendez-moi! Je veux des gestes concrets. Je veux avoir des conditions de travail décentes même si ma charge de travail a augmenté. Je veux que ma formation soit appréciée et que mon expertise ne soit plus nivelée à la baisse. Je veux avoir un salaire qui répond au coût de la vie, qui ne cesse d’augmenter. Je veux pouvoir accueillir de nouvelles collègues de travail afin d’offrir une chance égale à tous les enfants de réussir dans la vie.

Monsieur le Ministre, mon souhait le plus cher est que vous preniez conscience de tout le travail que j’accomplis chaque jour, avec amour et compétence. Cela me donnera peut-être de l’espoir, à moi comme à des centaines d’autres, de ne pas quitter mon métier. Cela donnera peut-être envie à nos jeunes de choisir cette profession, que j’estime être la plus belle au monde.

Je vois la Semaine des services éducatifs qui approche à grands pas et j’ai peur de ce que je vais entendre. Une fois pour toutes, offrez-moi plus qu’un MERCI!


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